Nous évoquions déjà le sujet en 2014, les pays émergents constituent des relais de croissance privilégiés pour les assureurs à dimension internationale.

 À titre d’exemple, un des assureurs leaders, qui a depuis 2007 investi plus de 6 milliards d’actifs dans les marchés émergents, commence à diversifier ses investissements puisqu’il est en passe d’investir 75 M€ dans une société africaine spécialisée dans la vente en ligne (e-commerce). Cet investissement est révélateur d’une tendance nouvelle selon laquelle les assureurs cherchent à utiliser les nouvelles technologies et l’écosystème qui en découle comme point d’entrée sur les marchés émergents.

En effet, que l’on parle d’un marché mature ou émergent, les nouvelles technologies intéressent de plus en plus les clients et apparaissent pour les assureurs comme des opportunités.

 

Les opérateurs téléphoniques, des acteurs de confiance sur le marché de l’assurance

Cardif et sa solution domotique ou Allianz avec le « pay how you drive », autant d’initiatives d’assureurs qui cherchent à utiliser les nouvelles technologies pour offrir plus de services à leurs clients. Les médias se font les relais privilégiés des nouvelles solutions proposées par les assureurs dans les pays développés, mais qu’en est-il dans les marchés émergents ?

Aujourd’hui les initiatives liées aux nouvelles technologies sont plutôt rares et liées aux télécoms. En effet les opérateurs téléphoniques apparaissent comme des acteurs de confiance sur ces marchés et sont donc légitimes pour proposer des services, que ce soit de l’assurance ou des nouvelles technologies. Ces acteurs sont intéressants pour les assureurs car ils possèdent souvent un réseau étendu et ont potentiellement accès à une majorité de consommateurs cibles. C’est par exemple le cas de Vodafone avec sa filiale Vodacom en Tanzanie qui propose des assurances vie et décès ou encore d’Acre Africa qui propose des assurances récoltes indicielles basées sur la téléphonie mobile en s’associant avec des opérateurs mobiles et des acteurs de l’industrie agroalimentaire.

 

Quelle stratégie d’entrée sur les marchés émergents ?

Les stratégies d’entrée sur les marchés émergents (ou frontières), reposent sur des caractéristiques spécifiques à chaque marché et imposent de se poser la question suivante : quelle stratégie d’entrée sur le marché ? Faut-il s’engager seul, conclure un partenariat avec un acteur local ou acquérir une entreprise locale déjà installée ?

Ce choix de conclure un partenariat ou d’acquérir un acteur est le plus souvent imposé par les régimes réglementaires locaux qui limitent les investissements étrangers et posent des cadres stricts sur les joint-ventures. L’assureur devra dans tous les cas se poser la question cruciale de la pénétration de l’assurance sur ce marché et de l’acquisition de nouveaux clients.

En effet, les consommateurs de ces marchés sont souvent insensibles aux produits proposés par les assureurs et ont recours à l’assurance de façon « contrainte » pour répondre à l’obligation d’assurer son bien (véhicule ou logement par exemple). Il est compliqué pour les assureurs de faire percevoir au client l’intérêt de produits tels qu’une assurance vie ou d’autres produits d’épargne. Ainsi, bien que les pays émergents représentent 86% de la population mondiale et 40% du PIB, ils ne représentent que 18% des primes d’assurance.

Les nouvelles technologies représentent donc un intérêt pour les assureurs car elles permettent l’acquisition de nouveaux clients et facilitent la pénétration de l’assurance dans ces marchés.

La technologie permet d’accélérer le développement de l’activité assurantielle dans les marchés émergents tout en simplifiant la chaîne de valeur et les différents processus qui la composent. Que l’on parle de conception de produits, de la mise en place de partenariats ou encore du traitement des sinistres, la technologie est un formidable outil pour les assureurs.

Elle permet également d’identifier et atteindre plus de clients potentiels, notamment via le développement de produits simples basés sur la technologie mobile. Un assureur africain propose par exemple d’utiliser des capteurs mobiles intégrés dans des systèmes d’éclairage solaire pour collecter des données météorologiques. L’intérêt pour l’assureur est d’une part de proposer à ses clients des données fiables quant à la météorologie et d’autre part de prévoir ou tout au moins mieux anticiper des catastrophes naturelles.

 

Des enjeux différents dans les marchés développés et émergents

Nous voyons donc que si les motivations sont les mêmes que dans les pays développés, à savoir capter de nouveaux clients, les moyens mis en place divergent.

En France, les nouvelles technologies et les usages proposés par les assureurs sont centrés sur la valorisation du client qui pourra se voir “récompensé” ou verra ses cotisations diminuer. Dans les pays émergents, l’utilisation des nouvelles technologies se fait de façon très large, l’enjeu est de répondre à des problématiques de masse et l’offre n’est pas centrée sur le device mais sur quelque chose de plus large.

Les enjeux diffèrent également puisque si l’intérêt pour les assureurs dans les pays développés sera de se démarquer de la concurrence et souvent d’apporter un côté ludique au client, le principal enjeu dans les pays émergents sera d’établir le contact avec les potentiels clients difficiles à atteindre et de faciliter le processus de souscription.

 

Dans le futur, nous pouvons nous attendre à voir les enjeux converger lorsque les intérêts économiques des populations des pays émergents évolueront. Néanmoins, le mode de diffusion des produits d’assurance restera certainement éloigné de celui que nous connaissons en France de par le rôle des opérateurs téléphoniques sur ces marchés.