A l’heure où l’on parle de plus en plus d’objets connectés et de leur bouleversement dans la vie quotidienne, il ne faut pas oublier leur impact dans le domaine de la santé. Que ce soit le stéthoscope ou l’aiguille d’injection d’insuline, l’innovation technologique s’immisce également dans la vie du patient. Preuve en est leur omniprésence au salon de l’électronique du début d’année qui s’est tenu à Las Vegas

 

Voici un rapide état des lieux de la situation…..

 

De nombreux acteurs lorgnent sur ce marché porté par le boom des objets connectés

Alors qu’il y a quelques années d’aucuns prédisaient un destin sinistre au marché des objets connectés, force est de constater que ce dernier prend de l’ampleur. Évalué désormais à 80 milliards d’objets pour 2020 et à 500 millions d’euros en 2016 rien que pour la France  d’après le Cabinet Xerfi; il représente un formidable gisement d’opportunités.

Apple, Google ou bien encore Sanofi, de nombreuses grandes entreprises ont misé sur ce marché qui a vu arriver des startups à l’instar de Withings qui commercialise entre autres une montre connectée voire Eko et son stéthoscope connecté ou sa balance reliée à un Smartphone..

Le quantified self, mot savant ignoré jusqu’à il y a peu par une grande majorité – désormais sur toutes les lèvres – est l’une des traductions les plus visibles de cette évolution. Même si « l’automesure » n’est pas une nouveauté en soi, c’est dans l’usage et la collecte des informations que réside la vraie rupture.

L’arrivée de nouveaux smartphones offre la possibilité d’exploiter et de dialoguer avec ces objets par simple connexion Bluetooth (ex : capteur, balance, ou montre) pour en tirer des informations ou analyses qui nous accompagnent dans notre quotidien : nombre de pas réalisés, calories brûlées… A ce titre, on citera par exemple les applications dédiées comme MyFitnessPal d’Apple ou MyHealthBox qui rassemble une panoplie d’objets connectés du domaine de la santé.

 

Quels impacts pour le monde médical ?

Dans son dernier Livre Blanc, l’Ordre des Médecins semble s’inscrire dans la tendance de fond et accompagner le développement de ce marché tout en délimitant 6 chantiers majeurs à mener qui couvrent à la fois l’usage de ces objets, la régulation à l’échelle européenne, l’analyse scientifique des effets ainsi qu’une stratégie à l’échelle nationale.

Majoritairement optimistes quant aux applications en matière de prévention, les médecins en rappellent toutefois les limites en particulier dans le domaine du quantified self, en matière de fiabilité, de confidentialité et de stockage des données, sujets de préoccupation de la CNIL, qui parle dorénavant de « corps connecté ».

Parfois confondus avec les simples objets électroniques, leur prescription sur ordonnance reste encore confidentielle. En dépit d’un réel intérêt pour le sujet, certains praticiens opposeraient une résistance au changement liée à l’utilisation de ces objets qui feraient du patient un acteur de sa santé et diminuerait l’influence du médecin.

On voit dès lors poindre le médecin 2.0 du futur qui s’entendra dire à son patient “je vous prescris une aiguille connectée pour vos injections d’insuline liée à votre diabète et un stéthoscope connecté afin de suivre au mieux l’évolution de votre rythme cardiaque”.

L’ordre des médecins a d’ailleurs récemment plaidé pour un remboursement de l’usage de ces terminaux à condition que leur bénéfice soit reconnu et partagé….

Enfin, l’émergence de nouvelles informations, fruits d’algorithmes toujours plus évolués influencera le métier même de médecin. Expert médical, il devra vraisemblablement s’appuyer sur de nouvelles compétences de vérifications et d’analyses de « pré-diagnostics », mais également de pédagogie pour expliquer et éclairer les patients sur ces nouveaux outils de santé.

 

Un gisement potentiel de données dont l’exploitation peut stimuler la recherche de traitements pour de multiples pathologies

Mélangées, agrégées, disséquées, analysées et enrichies avec des critères géographiques, toutes ces informations offrent de belles perspectives….

Quand on sait que les maladies chroniques concentrent 70% des dépenses de santé publique (avec une prévision de 86% dès 2020), l’exploitation de cette masse d’informations pourrait aider à détecter plus rapidement des pistes de curation ; d’aucuns vont jusqu’à suggérer de passer largement en open data à l’instar des USA voire de la France avec la récente initiative de la CNAM pour ouvrir la donnée en B2B.

Par ailleurs, la massification à grande échelle d’informations sur les maladies rares (Big Data sur les pathologies) pourrait donner un coup de fouet à la recherche médicale qui peine à dégager les causes / symptômes et à créer des traitements adéquats.

 

….qui doit être suivi et encadré

Les informations sont souvent d’ordre personnel et leur manipulation ne doit pas être laissée à la portée de tout le monde ou pour n’importe quelle fin.

C’est d’ailleurs ce point qui est au cœur du problème. Selon que l’on qualifie la donnée de santé ou de bien-être, la législation n’autorise pas les mêmes travaux ; on peut ainsi basculer d’un encadrement restrictif à une manipulation plus souple.

De plus, la sécurisation des données doit être prise en compte ; source de convoitise de la part de divers acteurs, sa « libre » circulation sur la toile peut entraîner des dérives qu’il convient d’éviter à tout prix. Que ce soit une erreur de « clic » ou une faille dans une application qui permet au patient de consulter ces données, il apparaît nécessaire de mettre en place les bons contrôles.

 

Ainsi, la santé connectée recèle des potentialités très intéressantes tant par les informations récupérées que par la capacité d’analyse ; mais en raison de la nature même de ces données, elle nécessite un usage particulièrement encadré.

Nul doute qu’à l’avenir toutes les parties prenantes seront amenées à se pencher sur un dossier sensible, échos à celui des cellules souches qui divise – et c’est un euphémisme – la communauté internationale.